MIRA..Le tournant d’un cinéaste
2026-03-31
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Depuis Casanegra (2008),
Lakhmari s’est imposé comme
le monstre sacré des marges
urbainesCasablanca, pour lui,
n’était pas seulement ce décor si
photogénique, mais plutôt cette scène traversée
de violence sociale, de fractures invisibles et
de destins cabossésZero, Burn Out, dans la
même veine, sont également des films réalistes
et sombres ancrés dans la métropole
vec Mira, Lakhmari quitte l’asphalteLa ville
cède la place à la nature, plus précisément la
forêt d’zrouu centre du récit, une jeune
fille de 13 ans vivant dans un village reculé de
ce Moyen tlasLa petite est orpheline, élevée
par sa grand-mère dans un univers rural rigide
et conservateur, figé par les traditionsElle se
nomme Mira et elle rêve d’ailleurs et de liberté,
référence à la légende amazighe de Lalla Mira,
dans la région de Safi, la ville d’origine du
réalisateurMira veut dire « la commandante »
Un tournant esthétique
Ici, la forêt n’est pas un simple décor : c’est un
personnage à part entièreLes arbres, le vent,
les oiseaux et les silences du paysage traduisent
l’état intérieur de l’héroïneC’est dans cette
magnifique nature - sublimée par la caméra
de Lakhmari -, loin des regards, que Mira
trouve son véritable refuge et son espace de
libertéElle n’a pas peur des braconniers qui
tuent les oiseaux, ni des migrants clandestins
subsahariens qui traversent la forêtElle n’a pas
peur, puisque son père fantasmé est toujours à
ses côtésCe père disparu en réalité, en tentant
lui aussi de traverser la MéditerranéeEt
lorsqu’un oiseau tombe sous les jets de pierres
des braconniers, elle le recueille et le soigne
Le tournant Mira est aussi esthétiqueLà où
ses films précédents s’inscrivaient dans un
réalisme cru, Lakhmari glisse ici vers une
écriture plus sensorielle, plus métaphorique
Le réalisateur filme la nature comme un espace
de respiration et de transformation - un lieu
où l’on peut imaginer, résister et renaîtreLa
forêt devient symbole du passage de l’enfance
vers la conscience, de l’enfermement vers
la lumièreLes éléments naturels, le vent,
les oiseaux, les arbres, deviennent langage
intérieur, métaphore du passage vers la liberté
Les femmes, ces «commandantes»
Pour la première fois aussi dans son cinéma,
Lakhmari adopte pleinement un regard féminin
Pas seulement à travers la jeune Mira, mais
aussi sa grand-mère Zineb et son enseignante
progressiste Lamiae, toutes de véritables
« commandantes », comme dans la légendeLà
aussi, la métaphore est parlante : si la condition
féminine peut être dure dans le rural, les
femmes y sont de vraies battantes« Je pense que
nos femmes sont libres, soulignera le réalisateur
lors de la projection au FIFMCe sont les lois
qui doivent changerNous devons accepter le
fait que nos femmes soient libres, de corps et
d’esprit, si nous voulons que le Maroc évolue »
vec Mira, Noureddine Lakhmari signe
une œuvre plus contemplative, presque
existentialiste, née du doute et des
questionnements de l’après-covidUn film
intime où la fragilité humaine se transforme
en quête de sensprès avoir exploré le
tumulte urbain, le cinéaste se tourne vers
l’essentiel - la vie dans sa forme la plus pure,
celle qui survit aux peurs et aux incertitudes
À travers le regard d’une adolescente, il filme
non pas une histoire, mais une conviction :
même dans l’ombre, ce sont ceux qui rêvent
encore qui portent la lumière et dessinent
l’espoir des générations à venir